RALENTISSEMENT DANS L’ALUMINIUM
 
MARIE TISON LA PRESSE
Les alumineries mettent un frein à leurs projets d’investissement au Québec en raison des conditions peu propices sur le marché de l’aluminium.
 
Alcoa reportera de trois ans la construction d’une série de cuves à son aluminerie de Baie-Comeau.
 
C’est la deuxième fois qu’Alcoa retarde ce projet. Il avait été annoncé en 2008, pour être reporté une première fois en mai 2011.
 
Alcoa ira toutefois de l’avant avec le démantèlement de ses deux dernières séries de cuves Söderberg. Il ne lui restera donc que deux séries de cuves qui font appel à une technologie plus récente que les cuves Söderberg, d’ici la construction d’une nouvelle série.
 
500 postes à éliminer
 
Alcoa éliminera 500 postes à l’aluminerie de Baie-Comeau au cours des deux prochaines années, mais elle devrait parvenir à ce résultat sans effectuer de mises à pied. L’attrition et les départs à la retraite devraient suffire à la tâche.
 
« La moyenne d’âge des employés tourne autour de 49 ou 50 ans », a expliqué la porte-parole de l’entreprise, Lysane Martel, dans une entrevue téléphonique avec La Presse Affaires.
 
Alcoa a fait savoir qu’elle réalisera quand même des travaux de 100 millions au cours des trois prochaines années pour notamment préparer la mise en place de la nouvelle série de cuves. La construction de cette nouvelle série nécessitera alors l’embauche de 100 employés.
 
En attendant, l’entreprise poursuivra la réfection de ses quais, un investissement total de 75 millions, pour être en mesure d’accueillir des navires plus gros, une fois la modernisation terminée.
 
La mairesse de Baie-Comeau, Christine Brisson, a déploré le report de la construction de la nouvelle série de cuves, mais elle s’est montrée rassurée par le fait qu’Alcoa ira de l’avant avec les travaux préparatoires.
 
« Cela montre que les travaux de modernisation sont toujours prioritaires pour eux », a-t-elle déclaré à La Presse Affaires.
 
Elle a ajouté que la disparition de 500 postes était prévue dans le plan initial d’Alcoa et qu’il ne s’agissait donc pas d’une surprise.
 
« Le grand défi, pour la ville de Baie-Comeau, sera de garder les retraités ici, a-t-elle déclaré. Nous avons travaillé très fort au cours des dernières années pour embellir notre ville et investir énormément au niveau de la culture et des loisirs. »
 
Alcoa a pu reporter de trois ans ses travaux de modernisation grâce à une autorisation du gouvernement du Québec. Le gouvernement a accordé la même flexibilité à Rio Tinto Alcan, qui pourra ainsi revoir l’échéancier de son propre programme d’investissements de 2,1 milliards.
 
L’entreprise doit notamment réaliser deux nouvelles phases de développement à son Centre technologie AP60, à Arvida, et procéder à l’agrandissement de son usine d’Alma.
 
Trois ans pour repousser l’échéancier
 
La porte-parole de Rio Tinto Alcan, Claudine Gagnon, a indiqué que l’entreprise n’avait pas encore déterminé l’ampleur des délais. « Nous avons jusqu’à trois ans pour repousser notre échéancier », a-t-elle déclaré à La Presse Affaires.
 
Elle a souligné que Rio Tinto Alcan avait également obtenu la permission de prolonger de deux ans les activités de l’usine d’Arvida. En vertu de normes environnementales plus sévères, cette usine devait cesser ses activités avant la fin de 2014.
 
« Ça va permettre de maintenir des emplois », a fait valoir Mme Gagnon.
 
Si cette nouvelle en provenance de Rio Tinto Alcan risque de chagriner les environnementalistes, Alcoa a de bonnes nouvelles pour eux. La mise hors service des deux dernières séries de cuves Söderberg à l’aluminerie de Baie-Comeau permettra de réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre de cette usine.
 
Le prix de l’aluminium au LME (London Metal Exchange) tourne actuellement autour de 1800 $US la tonne métrique, alors qu’il se situait à 2596 $US en mai 2011 et à 3291 $US en mai 2008.